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Le Sommet Merkozy, ou comment Angela m’a vendu aux Chinois

Par Karl Friedrich

Pour la cinquième ou sixième fois depuis le début de la crise grecque à l’automne 2009, Nicolas Sarkozy et ses homologues européens « viennent de sauver l’euro ». Avant même le coup de Trafalgar du référendum improvisé par Papandréou, les marchés actions avaient cru 24 heures à cette fable, les marchés obligataires une heure ou deux, avant de propulser les taux des emprunts d’Etat italiens vers de nouveaux records. En fait de sauvetage, le sommet européen du 26 octobre constitue une capitulation en rase campagne de Paris face aux thèses allemandes.

La zone euro souffre de deux maux, et c’est eux qu’il faut traiter si on souhaite vraiment la sauver. Le premier d’entre eux est, à court terme, une défiance des marchés vis-à-vis de certains Etats, qui rejaillit sur les systèmes bancaires. Le second est, à moyen terme, un déficit de croissance et un excès d’endettement, couplés à la faiblesse de la gouvernance en zone euro. Pour laisser le temps aux pays de corriger le second problème, il convient de circonscrire l’effet de contagion sur les marchés.

Seule la Banque centrale européenne, prêteur en dernier ressort, est aujourd’hui capable de jouer ce rôle. En promettant si besoin des achats illimités de dette souveraine – qu’elle réalise aujourd’hui avec parcimonie, et à reculons – la BCE pourrait créer sur les marchés le choc de confiance tant attendu. La communication est la première arme d’une banque centrale. Elle lui permet de diriger les anticipations des agents économiques avant même de déclencher sa politique monétaire ou non conventionnelle. Et le cercle vicieux qui s’est enclenché sur les marchés obligataires autour des dettes souveraines tient d’abord à la communication catastrophique des responsables européens sur ces sujets depuis le début 2010.

La BCE n’a pas vocation à régler tous les problèmes, mais son intervention permettrait de ramener le calme sur les marchés et de donner aux Etats le temps des réformes. La Grande-Bretagne, dont la situation est pire que celle de la zone euro et qui devrait en toute logique être la cible des « spéculateurs », se finance aujourd’hui à 2,5% à 10 ans grâce aux interventions massives de la Banque d’Angleterre. Elle peut ainsi mener à bien, sans la pression inutile des marchés, le programme d’austérité annoncé en 2010.

L’évolution du rôle de la BCE soulève certes un débat de fond : compatibilité avec les Traités européens, conditionnalité des interventions pour que les Etats qui en bénéficient continuent à mener les réformes structurelles nécessaires, éventuels effets inflationnistes (dont on peut douter de la réalité dans un environnement en zone euro qui est aujourd’hui déflationniste). Mais ce débat n’aura pas lieu. L’Allemagne refuse une telle intervention de la BCE. On en sait les raisons : indépendance de la banque centrale, souvenir de l’hyperinflation des années 1923-24, mais surtout volonté de « punir » les pays qui ont bénéficié ces dernières années des taux d’intérêt faibles en zone euro sans faire leurs devoirs.

La chancelière Angela Merkel a donc imposé ses vues lors du dernier sommet. On ne peut lui en vouloir : la situation lamentable des finances publiques françaises, et l’incurie des gouvernements, de droite comme de gauche, qui se sont succédé ces 30 dernières années, enlève toute légitimité à Paris en matière budgétaire. Pire, c’est sous la pression de Berlin que Paris a dû réviser en baisse sa propre prévision de croissance 2012 (de 1,75% à 1%), sur laquelle était bâti un budget ubuesque qui devait, à l’origine, permettre à Nicolas Sarkozy de renvoyer les sujets qui fâchent après l’élection de mai 2012. Heureusement, Jean-Pierre Pernaut et Yves Calvi ont oublié de le signaler à Monsieur le Président l’autre soir.

 Faute de BCE, la zone euro tente donc de recréer depuis 18 mois un ersatz, le Fonds européen de stabilité (EFSF), qui jouerait son rôle sans en avoir les moyens. Deux options sont désormais sur la table : l’EFSF garantirait les premières pertes sur les nouvelles dettes émises par un Etat, ou bien investirait dans un véhicule spécial, un SPV, chargé d’intervenir sur les marchés obligataires avec l’appui de capitaux publics et privés non européens. La liste de tous les inconvénients que soulève cette solution remplirait plusieurs pages. Mentionnons-en quelques uns :

–         des délais de mise en œuvre de plusieurs semaines, voire plusieurs mois, alors que les marchés reprochent justement à la zone euro de tergiverser depuis deux ans.

–         un alourdissement de la dette des Etats en cas de garantie de l’EFSF : à chaque fois que l’Italie voudra emprunter 100 sur les marchés, elle devra par ailleurs emprunter 20 ou 25 auprès de l’EFSF pour acheter des obligations du Fonds européens qui serviront à garantir les nouvelles obligations italiennes.

–         la création d’un marché de la dette à deux vitesses. Supposons que l’EFSF garantisse les nouvelles dettes italiennes, mais pas les belges. Un investisseur ira naturellement acheter des emprunts d’Etat italiens, le cas échéant en vendant les obligations belges qu’il détient. Pas sûr que cela plaise à la Belgique.

Il s’agit de sujets techniques. Ils ne pèsent pourtant pas lourd face aux conséquences politiques du sommet. Plutôt que d’en appeler à la BCE, la zone euro préfère s’en remettre, dans l’option du SPV, à des capitaux publics étrangers, chinois ou japonais. Comment imaginer que la Chine ou le Japon ne réclameront pas des contreparties s’ils investissent dans ce véhicule ? En voilà deux exemples :

–         Pékin pourrait réclamer d’obtenir le statut d’économie de marché à part entière auprès de l’Organisation mondiale du commerce avant l’échéance prévue de 2016, ainsi que la levée de l’embargo sur les ventes d’armes à la Chine, décidée après la répression de 1989. On aimerait bien savoir comment Nicolas Sarkozy ou François Hollande justifieraient auprès des électeurs cette nouvelle ouverture aux produits chinois, tout en vantant dans le même temps la nécessité de réindustrialiser la France et de protéger l’Europe à ses frontières.

–         Tokyo est intervenu de manière unilatérale sur le marché des changes le 31 octobre pour mettre fin à l’envolée du yen. Le mouvement était prévisible, pas son timing, qui intervient quelques jours avant le sommet du G20 des 3 et 4 novembre à Cannes où les questions de changes et d’interventions coordonnées sont d’ordinaire traitées. On voit assez bien se dessiner une ligne de négociation possible pour le Japon : je suis prêt à aider la zone euro, mais laissez-moi manipuler ma monnaie.

Angela et Nicolas n’ont pas sauvé l’euro. Ils ont juste commencé à vendre la souveraineté de l’Europe aux intérêts étrangers. Au nom du sacro-saint principe d’indépendance de la BCE. Je n’ai pas envie de mourir pour ce genre de principes.

Karl Friedrich

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LR is back !

Après quelques temps de silence, voici venu le temps de redonner à nouveau de la voix ! De rassembler nos énergies ! L’année 2012 arrive à grand pas ; année qui, crise mondiale ou non, sera décisive sur le chemin de la France : il lui faudra choisir entre un endormissement coupable ou le sursaut.

La monnaie unique est peut-être sauvée ; la France ne l’est pas. Elle accuse, à côté de déficits publics alimentant une dette bientôt égale à son PIB, un déficit commercial récurrent  qui indique notre faible compétitivité, notre dépendance à l’argent extérieur… La France vit à crédit. Elle vit à crédit malgré des prélèvements obligatoires parmi les plus élevés du monde, et il y a fort à parier qu’elle continuera ainsi un temps même si, comme il est prévisible, de fortes hausses d’impôt sont décidées.

D’évidence, les hausses d’impôt ne favoriseront pas l’activité. Dans un monde déjà morose, la France est menacée de récession ; la récession comprimera les rentrées fiscales, provoquera de nouvelles dépenses, et compromettra enfin un peu plus la santé de nos finances publiques.

La voie est étroite pour relancer une dynamique française : améliorer la compétitivité sans baisser les impôts, réduire le déficit sans les augmenter. Elle n’en existe pas moins, mais au prix de réformes courageuses : renoncer aux 35 heures, transférer la fiscalité de la production de richesses vers la consommation, réformer le droit du travail, diminuer le train de vie des administrations publiques, éliminer les trappes à pauvreté, relancer une politique industrielle avec les économies faites.

Ces solutions sont connues et largement documentées. Mais le déclin ne commence-t-il pas, justement, lorsqu’on n’a plus le courage d’appliquer le remède, alors même qu’on le connaît ?

Que nous proposent aujourd’hui les candidats à l’élection présidentielle, face à ce défi un peu plus difficile à surmonter chaque année qui passe ? Il semblait un temps que François Hollande eût un programme, celui du parti socialiste, mais il pense désormais plus habile de ne pas en avoir. François Bayrou critique le programme que François Hollande n’a pas. Nicolas Sarkozy trouve responsable de ne pas penser à l’après 2012 –vous aussi ?

Une voix doit se faire entendre pour exiger des solutions à la hauteur du temps. LR est de retour !

Le bureau de Liberté et République